Dans la province du Ganzourgou, une des 45 provinces que compte le Burkina Faso, plus de 2000 enfants dont près de 50% de filles ont été identifiés entre septembre 2017 et avril 2018 sur des sites miniers par Terre des Hommes Lausanne (Tdh) dans le cadre de son intervention avec d’autres partenaires. Pour lutter contre ce phénomène, Tdh Lausanne initie depuis 2009 des projets d'éducation, formation et d’insertion socio-économique des enfants et des Jeunes de la Province. Allons à la rencontre de ces jeunes du Ganzourgou, qui ont pu échapper à l’appel du métal précieux.

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Atelier de reconstitution d'ordinateurs dans des bidons

La pauvreté extrême est la principale cause de la migration et du travail des enfants dans les sites d’orpaillages de la province du Ganzourgou située dans la région du Plateau-Central du Burkina Faso. Sur ces sites, ils s’exposent à de nombreux risques physiques (blessures, morsures d'animaux dangereux) et sanitaires associés à la manipulation des produits chimiques et biologiques liés à la présence de micro-organismes qui causent le tétanos et la brucellose (par le contact avec des animaux infectés). A cela s’ajoutent les risques d’abus physiques et sexuels, ainsi que des violences multiples auxquels les enfants et jeunes sont constamment confrontés. 

Grâce à l’appui de l’agence belge de développement - Enabel - et de son programme WehubitTerre des Hommes Lausanne (Tdh) en partenariat avec WakatLab a mis en place depuis juin 2020 le projet RESOLAB, dont l’objectif est l’amélioration de l’accès à l’éducation, la formation et l’insertion socio-économique des enfants et des Jeunes (7-17 et 18-24ans) de la Province du Ganzourgou par le biais de communautés de fabrication numérique. 

Diane KORSAGA 18 ans, résidente de Mogtédo fait partie des bénéficiaires du projet.  

« C’est grâce à un de vos agents que j’ai connu le FABLAB¹. Il a l’habitude de faire ses achats chez nous. Comme il a vu que j’étais jeune, il s’est approché de moi pour me parler du projet RESOLAB. Etant à la recherche d’opportunités de formation, j’ai décidé d‘y participer. » 

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Diane est assise devant l'affiche du projet ResoLab (© Alain W.  GUILLA /FablaB Manager)

Diane a quitté Ouagadougou la capitale pour Mogtédo après avoir abandonné l’école. Mogtédo est une commune située dans la province du Ganzourgou.

« A mon arrivée à Mogtedo, j'ai d'abord pensé à chercher du travail sur les sites miniers. Mais on m’a dit que le travail y était difficile et que ce n’était un bon endroit pour les filles. » 

Au mois d’août 2020, Diane a bénéficié d’une formation sur la démystification de l’outil informatique organisée par le projet RESOLAB.  

« Je suis contente d’avoir participé à cette formation. Elle m’a permis de savoir ce qu’est l’outil informatique. En plus de cela, j’ai appris à faire de la saisie de texte et surtout je connais quelques composants de l’ordinateur ».  

Diane est déscolarisée, issue d’une famille de sept enfants et elle a dû renoncer à poursuivre ses études en classe de 4ème par manque de moyens financiers.  

« Je vivais avec mes parents à Ouagadougou mais, il y a un an de cela, j’ai arrêté les cours pour rejoindre ma grand-mère à Mogtedo car mes parents n’avaient plus les moyens de payer ma scolarité. Depuis que je suis ici, j’aide ma grande mère dans son commerce », raconte-t-elle tout en servant du dolo - la bière locale - à un client.  

Grâce à la formation suivie, son quotidien va changer et elle entrevoit déjà des perspectives d’avenir plus intéressantes en matière d’emploi.  

« L’initiation aux outils numériques que j’ai reçue via le projet RESOLAB me donne envie de poursuivre la formation qui me permettra d’occuper le poste de secrétaire dans un secrétariat public. Mais mon souhait le plus cher serait de mettre en place mon propre secrétariat public et former d’autres enfants » 

Diane a particulièrement apprécié la formation et remercie le projet. Elle désire surtout approfondir les connaissances acquises à travers d’autres sessions de formation. La formation qu’a suivi Diane est la première étape d'une série de formations et d'activités en programmation sur le terrain dans le cadre du projet RESOLAB. Diane, ainsi que les jeunes bénéficiaires de cette première session pourront bénéficier d’autres sessions de perfectionnement et d’un accompagnement pour la réalisation de leur idée de projet. Ils seront les ambassad.rices/.eurs du projet auprès de leurs camarades afin de sensibiliser et rassembler d’autres jeunes. 

Au-delà de la problématique du numérique, le projet RESOLAB veut s’attaquer aux causes profondes de la migration et du travail des enfants sur les sites ASM en offrant aux jeunes du Ganzourgou des alternatives. 

En effet, Terre des Hommes Lausanne (Tdh) a identifié 2 203 enfants (1 079 filles et 1 124 garçons) répartis sur 4 sites ASM² dans la province de Ganzourgou entre septembre 2017 et avril 2018. Le nombre de sites artisanaux dans le pays est en augmentation et on estime qu'il existe entre 700 et 800 sites. Le nombre d’enfants qui travaillent ou vivent dans les sites ASM pourrait atteindre 700 000 à 800 000 personnes, dont environ 49% de filles. 

Ainsi dans le cadre du RESOLABTerre des hommes prévoit de toucher de façon directe 1374 bénéficiaires dont des enseignants, des jeunes et enfants vulnérables de 7 à 24 ans dont 60% de filles et plus de 73 043 personnes dont 55% de femmes, via les médias locaux pour un plus grand impact des actions du projet.   

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¹ Un FabLab, contraction de l'anglais fabrication laboratory, « laboratoire de fabrication » est un lieu ouvert au public où il est mis à sa disposition toutes sortes d'outils, notamment des machines-outils pilotées par ordinateur, pour la conception et la réalisation d'objets (Source : http://carrefour-numerique.cite-sciences.fr/fablab/wiki/doku.php?id=charte).

² Exploitation minière artisanale et à petite échelle.