Du haut de ses 25 ans, Francesca Aryemo joue un rôle important de soutien pour les élèves de l’école primaire Adonai. Surnommée affectueusement Franca dans sa communauté, cette jeune professeure d’anglais enseignant dans l’école située dans le sous-comté de Paicho, dans le district de Gulu, à quarante minutes en voiture sur l’autoroute Gulu-Kitgum, est passionnée par son travail avec les enfants et fière de les voir se développer et grandir.

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Francesca avec une de ses élèves (© BarfootLaw)

« Enseigner m’a aidée à comprendre que chaque élève est différent·e et a besoin d’être soutenu·e dans ses différences. Ainsi, certain·es de mes élèves souffrent d’un handicap, certain·es sont introverti·es et d’autres, extraverti·es », nous confie Franca.  

Elle est également passionnée par les questions de justice au sein de sa communauté, en particulier celle des droits des filles et des femmes, et s’est donc portée volontaire pour mobiliser les femmes de sa communauté à participer à des formations susceptibles de les aider sur toutes questions liées à leurs droits. 

Grâce au projet LEWUTI, qui vise à autonomiser juridiquement les femmes en misant sur l’utilisation de solutions numériques et la médiation afin de surmonter les obstacles géographiques ainsi que ceux liés au manque de connaissances et aux coûts, Franca a eu la possibilité d’apprendre comment utiliser son téléphone portable pour obtenir l’aide d’un ou d’une avocat·e. 

« La sensibilisation juridique m’a beaucoup aidée, car elle m’a ouvert l’esprit à l’information sur le droit. Depuis, j’ai un accès continu à ces informations par téléphone, via des SMS ou des appels, et j’obtiens des réponses », se réjouit Franca.

Le projet bénéficie du soutien de l’Agence belge de développement Enabel, par le biais de son programme Wehubit.
 

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Pleine d’entrain, Francesca apprend une comptine à ses élèves (© BarfootLaw)

Si l’enseignement n’a jamais été le métier de prédilection de Franca, mais plutôt le fruit de circonstances, elle a cependant appris à l’aimer.

« J’ai toujours voulu être infirmière, mais ma famille n’avait pas assez d’argent pour m’envoyer à l’école de médecine », explique Franca.

Au terme de ses études secondaires, elle a été obligée de quitter le système scolaire et de devenir femme de ménage pour gagner un peu d’argent et pouvoir poursuivre son parcours professionnel.

« J’ai économisé l’argent que j’avais gagné lorsque je travaillais comme domestique pour payer mon premier trimestre à l’institut de formation des enseignant·es. »   

Elle raconte que la période scolaire n’a pas été de tout repos et qu’elle a dû accepter de petits boulots, comme faire la lessive pour d’autres étudiants et étudiantes, afin de pouvoir payer les livres et autres fournitures scolaires. 

« Vu mon passé, j’ai travaillé dur à l’école. Je ne me suis jamais laissé abattre par ma situation », ajoute Franca avec enthousiasme.   

C’est cette attitude qui a fait que lorsque l’occasion s’est présentée, elle s’est empressée de la saisir. Le directeur de l’école où elle avait fait ses études connaissait son histoire personnelle et l’a appelée pour lui demander si elle accepterait une affectation dans une école éloignée.

« J’ai immédiatement répondu que oui », se souvient Franca. Elle ajoute que l’idée d’enseigner dans une école de village était mal vue par les jeunes enseignants et enseignantes. « Toutes et tous voulaient enseigner dans une école en ville ; moi, ça m’était égal : tout ce que je voulais, c’était enseigner ! » 

Bien plus qu’une enseignante 

Franca est aujourd’hui non seulement une enseignante, mais également une conseillère pour les filles de son école. Elle nous a raconté l’histoire d’une de ses élèves, Kevin, une jeune fille de quatorze ans atteinte d’un handicap mental qui avait été violée par un homme du village qui s’est échappé et est toujours en fuite. 
 

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Francesca peut désormais contacter nos avocat·es, et ce, gratuitement, pour obtenir des conseils pour elle-même ou pour ses élèves (© BarfootLaw)

« Nous sommes en concertation permanente avec l’équipe de BarefootLaw afin de suivre de près l’affaire avec notre chef de conseil local », nous confie Franca. 

Elle précise que cette aide est très appréciée, étant donné qu’après avoir appris à utiliser les outils numériques dans le cadre de la formation du projet LEWUTI, elle peut désormais communiquer avec les avocat·es par téléphone ou par SMS. 

En attendant que justice soit faite, Franca collecte des fonds afin d’acheter des produits essentiels pour enfants pour Kevin, et préparer la jeune fille à la naissance de son bébé.

« Mon souhait pour cette enfant est qu’elle ne vive jamais ce que sa mère a vécu », ajoute-t-elle. 

Grâce à la sensibilisation communautaire au projet LEWUTI et aux rencontres avec d’autres bénéficiaires, davantage de femmes sont désormais en mesure d’accéder à des informations importantes sur leurs droits et de trouver des moyens simples et accessibles pour les exercer légalement.