Chaque jour de la semaine, Deborah Tesi, 15 ans, marche environ 30 minutes pour se rendre à l’école secondaire de Cyinzovu, une école assurant l’éducation de base de 12 ans située dans le district de Kayonza, dans l’est du Rwanda, où elle étudie en neuvième année. Dernière-née d’une famille de quatre filles, Tesi prévoit d’étudier les systèmes informatiques ou le développement de logiciels lorsqu’elle aura terminé sa neuvième année d’études, et ce, en dépit d’une certaine dissuasion fondée sur les préjugés à l’encontre des filles dans le domaine des sciences et des TIC. Le projet SCRATC2H 2050 du VVOB Education for Development, appuyé par le programme Wehubit d’Enabel, contribue à développer l’esprit créatif des jeunes comme Tesi tout en les encourageant à atteindre leurs objectifs. 

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Tesi pendant un cours de biologie à l'école secondaire de Cyinzovu, dans l'est du Rwanda (© VVOB Rwanda)

Motivation pour les TIC  

Lorsque Tesi entend parler de personnes qui ont développé des applications de médias sociaux, telles que Facebook, TikTok, Instagram, Snapchat..., elle se sent inspirée d’en apprendre davantage sur la technologie informatique dans l’optique de développer elle-même des applications à l’avenir.

« Je ne sais pas encore quels logiciels je vais créer, mais dès que j’aurai des connaissances poussées en informatique, je sais que je finirai par créer des applications informatiques. C’est mon rêve. »

Technicienne à domicile

À la maison, Tesi est surnommée la « technicienne du téléphone ». En plus d’un accès limité aux ordinateurs de l’école, elle n’en possède pas non plus à la maison. Aussi, elle n’a que des connaissances informatiques de base. N’ayant pas son propre smartphone, Tesi utilise parfois celui de son père. Mais étonnamment, chaque fois qu’il y a un problème avec l’appareil de son père, elle est là pour le régler.

« Une fois, l’écran de son smartphone est devenu noir et il a demandé à ma sœur aînée de l’aider à régler le problème, mais elle n’y est pas parvenue. J’ai demandé à mon père si je pouvais essayer à mon tour, mais il a hésité, car il ne croyait pas du tout que je pourrais trouver une solution ! J’ai lancé la recherche “comment régler problème écran noir sur smartphone” sur Google et j’ai suivi les instructions pas à pas jusqu’à que le problème soit finalement résolu. Tout le monde a été surpris ! » nous a confié Tesi.  

Lorsque les écoles ont fermé à cause de la pandémie de COVID-19, ses professeur·es lui ont envoyé des exercices via les groupes WhatsApp sur le smartphone de son père, afin qu’elle puisse y accéder. Après avoir fait les exercices, Tesi a également pu explorer d’autres applications sur le smartphone.

« Je suis toujours curieuse d’en découvrir plus ; aussi, je profite de chaque occasion qui se présente pour améliorer mes compétences en TIC. »

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Classe de l'école secondaire de Cyinzovu, dans l'est du Rwanda (© VVOB Rwanda)

Lutte contre les préjugés envers les filles dans les TIC    

Tesi a remarqué qu’il y a plus de garçons que de filles dans le domaine des sciences et des TIC.

« Un jour, j’ai entendu parler à la radio d’un groupe de huit étudiant·es universitaires qui ont participé à un atelier sur les TIC en Chine, avec une seule fille parmi eux ! J’étais vraiment choquée. J’ai également été gênée un autre jour lorsqu’un diplômé universitaire de mon village m’a découragée d’étudier l’informatique. Il m’a dit que c’était difficile pour moi, alors qu’il ne dit jamais cela aux garçons. Certaines personnes pensent que les filles sont faites pour les emplois faciles, tels que le travail dans les hôtels comme serveuses, le tourisme..., alors que les garçons occupent les emplois “difficiles” et, partant, devraient étudier des matières “difficiles”. Je ne crois pour ma part pas à ces idées fausses. », a conclu Tesi.  

Encouragée par le soutien familial

Les sœurs de Tesi l’encouragent toujours à étudier l’informatique.

 « Elles disent aussi à mon père que je devrais choisir des matières comme les TIC/l’informatique en dixième année. C’est déjà là un bon indicateur et l’assurance que je bénéficierai de leur soutien le moment venu. J’espère que mon père m’achètera un ordinateur qui m’aidera à mieux apprendre. »

Introduction au codage

Tesi a été invitée au lancement du projet SCRATC2H 2050, organisé le 30 octobre 2020 par le VVOB Education for Development, en partenariat avec le Rwanda Education Board, le Rwanda Polytechnic et la Rwanda Coding Academy, et soutenu par le programme Wehubit d’Enabel. C’est à cette occasion qu’elle a entendu parler du codage.

« J’ai appris qu’avec Scratch, on peut créer des jeux, des histoires et des animations. Nous avons également été informé·es de la création de clubs de codage dans les écoles, où nous pourrons en apprendre davantage sur le codage. Je suis enthousiaste à l’idée que cela soit aussi mis en place dans mon école ; j’ai hâte de voir ces clubs démarrer. Je me suis toujours demandé comment sont créés des jeux tels que les jeux de combat. Dès que les clubs de codage entameront leurs activités, je m’y inscrirai immédiatement, car ils rejoignent grandement mes aspirations et ma passion. La technologie, utilisée dans tous les domaines, connaissant une évolution tellement rapide, je suis convaincue qu’une fois que l’on maîtrise le codage et le développement de logiciels, on peut facilement décrocher un emploi ou créer le sien. »

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Tesi écoutant l'enseignant pendant le cours de biologie à l'école secondaire Cyinzovu, dans l'est du Rwanda (© VVOB Rwanda)