Le gouvernorat d’Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, est le plus grand gouvernorat de Palestine. Il est marqué par un taux élevé de cybercriminalité et de violence basée sur le genre (VBG) en ligne. Une étude de 2018 indique une augmentation des taux de cybercriminalité en Palestine suite au développement technologique et à la généralisation de l’internet et des médias sociaux. Le gouvernorat d’Hébron a connu les taux les plus élevés d’extorsion sexuelle ou de chantage à l’égard des femmes et des jeunes filles en particulier. Dans une société conservatrice comme celle d’Hébron, les survivant·es de cyberviolence se murent bien souvent dans le silence.  

Âgé de 19 ans, Hasan étudie la gestion technique de bâtiments à l’université. Il est membre actif des groupes de jeunes établis dans le cadre du programme Wehubit, qui vise à renforcer la capacité de 90 jeunes à promouvoir la justice pour les femmes dans les espaces numériques (plus d'informations ici). Hasan a fait preuve d’un engagement sans précédent envers les activités du projet.

« Mon histoire pourrait vous surprendre. Mon engagement envers ce projet est très personnel. Vous allez probablement penser que je suis un survivant de la cybercriminalité. La vérité, toutefois, c’est que j’étais un hacker. »  

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Hasan s'adresse au ministère des télécommunications autour de ses politiques de sécurité numérique (© Oxfam-Solidarité)

Il y a plusieurs années, Hasan utilisait ses compétences pour pirater des comptes et cracker des logiciels. Il se décrit comme un hacker en chapeau blanc, car il piratait des comptes pour aider ses amis et sa famille à récupérer les courriels et les pages de médias sociaux qu’on leur avait volés : « à l’époque, je ne connaissais pas d’autres mesures pour lutter contre la cybercriminalité. » Et Hasan d’ajouter qu’il n’avait jamais réfléchi aux risques ou aux dommages qui pourraient résulter de ses actions.  

« En mars 2019, j’ai vu un appel à volontaires pour ce projet. Vu que je suis passionné par les technologies de l’information et la sécurité numérique, la portée du projet a immédiatement attiré mon attention. » Les formations auxquelles Hasan a participé lui ont ouvert les yeux. « C’était la première fois que j’étais confronté à des concepts tels que la loi sur la cybercriminalité, les droits numériques et l’intimité numérique. J’ai été choqué de réaliser que, même si mes intentions étaient bonnes en piratant des comptes, je violais en fait les droits numériques. »  

Tout en développant des activités locales suite à sa formation sur l’intimité numérique et la campagne de défense des droits numériques, Hasan a tenu à se concentrer sur la diffusion des techniques d’intimité numérique parmi les élèves, en sus de sensibiliser la communauté locale aux services disponibles pour les survivant·es de violence basée sur le genre dans les espaces en ligne. 

« Certains des aspects les plus intéressants du projet sont les espaces et les plateformes nous permettant d’exprimer nos histoires et de plaider pour le changement. »  

Hasan a blogué activement sur différentes plateformes, mais c’est la plateforme YouKnow qui a vraiment attiré son attention. Par le biais de cette plateforme, les citoyen·nes militent en faveur de la redevabilité en faisant entendre leur voix et en cherchant des réponses auprès des décideurs et décideuses. 

Cette participation des citoyen·nes ne s’est pas faite du jour au lendemain. Les jeunes ont été encouragé·es à s’exprimer sur les plateformes numériques dans le cadre d’ateliers sur la critique positive et en demandant aux décideur·euses politiques et aux fonctionnaires de faire en sorte que les personnes se sentent à l’aise et en sécurité pour publier leurs opinions et faire entendre leur voix.  

Les influenceur·euses sur les médias sociaux et les personnalités publiques ont également publié sur les plateformes, ce qui a accru leur popularité. Lorsque les jeunes voient que d’autres personnes publient et expriment leurs opinions sans aucune réaction négative à leur encontre, cela les encourage d’autant plus à participer en ligne. 

 
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Hasan et des représentants de groupes de jeunes visitent un fournisseur de services Internet pour discuter des politiques et pratiques
sur la sécurité numérique (© Oxfam-Solidarité)

Hasan a sensibilisé l'unité de la cybercriminalité au sein de la police palestinienne aux techniques utilisées par les hackers et a adressé sa publication à l’unité de la cybercriminalité au sein de la police palestinienne afin de susciter un dialogue sur les obligations de cette dernière en matière de lutte contre la cybercriminalité. Il a également publié, sur la plateforme Hona*, un article sur la manière de transformer l’internet en un espace sûr en adoptant une technique de sécurité numérique simple ; il a en outre partagé son histoire personnelle sur la manière dont le projet l’a incité à utiliser ses compétences en matière de technologies de l’information pour aider la population.

 « En tant que hacker, j'étais de l'autre côté, mais à présent, je travaille au sein de ma communauté et avec des parties prenantes pour apporter des changements dans la lutte contre la cybercriminalité. Ma participation à ce projet est en réalité une expérience qui a profondément changé ma vie. »    

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* Hona est une plateforme en ligne destinée à aider et à motiver les jeunes Palestinien·nes à partager leurs histoires, leurs visions, leurs idées et leurs actions par le biais de récits numériques