Une fois par semaine, la communauté de Sare Konco, dans le sud du Sénégal, se réunit pour écouter « Kongol Ndémobé », un programme de radio hebdomadaire sur Bamtaare Dowri FM.

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Yaye Siga Traoré, animant une émission de radio sur Bamtaare Dowri FM. © FRI

Kongol Ndémobé signifie « La voix des agriculteurs » en peul, la langue des émissions. Il fait suite au programme Kongol Réwbé, ou « La voix des femmes ». Tous deux sont soutenus par Farm Radio International, une ONG qui travaille avec les radiodiffuseurs pour développer des programmes radio interactifs destinés aux petit·es agriculteur·rices et aux populations rurales.

Écouter la radio pour engager la communauté

Kongol Ndémobé est un programme stimulant qui aborde des sujets tels que la déforestation, la météo et le jardinage. Les membres de la communauté aiment écouter ensemble ce programme en tant que « groupe d’écoute communautaire ».

La radio représente un moyen unique, et bien souvent sous-utilisé, de diffuser des informations à des communautés rurales et éloignées. Accessible, répandue et peu coûteuse, la radio y est très populaire. Pour les communautés qui sont souvent analphabètes et qui parlent des langues et dialectes locaux, c’est un moyen essentiel d’accéder à des informations sur le monde extérieur.

« Écouter ensemble nous permet de nous compléter », nous confie Aminata Baldé, membre du groupe d’écoute communautaire. « Cela nous permet de nous aider mutuellement à tout comprendre. »

Le groupe passe du temps à discuter les thèmes abordés lors de l’émission, à décider ce qui est applicable à leurs pratiques agricoles, ou comment il pourrait mettre en œuvre les choses apprises. Les groupes d’écoute sont mis en place par la station de radio en partenariat avec Farm Radio International, les communautés à écouter les programmes éducatifs à la radio.

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Soulymane Dia, Leader communautaire, explique comment utiliser le téléphone. © FRI

Située non loin de Velingara, dans la région de Kolda, à proximité de la frontière avec la Gambie, la communauté de Sare Konco est entourée à perte de vue de champs de coton, de riz, de maïs et de légumes.

La sécheresse y est omniprésente. Et bien que décembre soit la saison sèche, les habitants de Sare Konco affirment qu’elle a été plus sèche que la normale ces dernières années. Ils pointent du doigt comme causes la déforestation et le changement dans les précipitations.

Souleymane Diallo« La pluviométrie a beaucoup changé, » nous confie Soulymane Diao, un agriculteur local. « Les années précédentes, il commençait à pleuvoir en mai ou juin, mais maintenant, ce n’est qu’en juillet ou en août. »

Cet homme âgé de 42 ans dirige le groupe d’écoute communautaire. C’est un agriculteur de subsistance, qui cultive une variété de cultures pour nourrir sa famille de cinq personnes. Selon lui, l’agriculture est son seul moyen de subsistance et les terres qui, dans le passé, pouvaient produire plus que nécessaire, sont devenues de plus en plus difficiles à exploiter.

Il n’est pas le seul dans la région à percevoir ces changements. Au Sénégal, jusqu’à 70 % de l’agriculture est tributaire des pluies. Même les plus petits changements de pluviométrie peuvent être un désastre pour la petite agriculture et l’agriculture de subsistance (NDLR: pour plus d’informations sur la résilience au changement climatique, nous vous renvoyons à cette étude).

« La terre est fatiguée, » déclare Soulymane.
« Lorsque nous travaillons dans nos champs, nous ne sommes pas en mesure d’atteindre nos objectifs. Nous travaillons dur sur chaque hectare pour un rendement bien faible. Auparavant, il suffisait de petites parcelles de terre pour obtenir une bonne récolte. Ces temps sont révolus. »

Impliquer les agriculteur.trices et les femmes pour s'assurer que leurs voix sont entendues

Financées par Enabel, dans le cadre du programme Wehubit, les émissions du programme Kongol Ndémobé s’inscrivent dans le projet SUCSA (Scaling Up Climate Smart Agriculture). Farm Radio International collabore avec trois stations de radio de la région de Kolda, des agriculteurs et agricultrices, et d’autres acteurs locaux comme des organisations d’agriculteur·rices et de femmes, ainsi que des ONG locales, à la conception et la production de programmes radio interactifs à destination des petit·es agriculteur·rices afin de les aider à adopter des pratiques agricoles climato-intelligentes. Travailler avec des partenaires locaux permet au projet de mettre les stations de radio en contact avec des expert·es et de garantir que les informations sont pertinentes et ancrées dans le contexte local.

Grâce à Bamtaare Dowri FM à Velingara, Radio Djimara à Medina Yoro Foula et Nafooré FM à Kolda, les programmes radio devraient toucher environ 250.000 agriculteurs et agricultrices dans toute la région.

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Mme Diallo, une des femmes de la communauté de Sare Demba Diéo, écoutant les programmes de FRI. © FRI

La première série de programmes traite des feux de brousse, de la déforestation, de l’érosion des sols et d’autres questions pertinentes, en se concentrant sur le soutien aux agriculteur·rices frappé·es par le changement climatique, mais aussi sur la façon d’éviter d’aggraver le changement climatique. Ils consacrent également du temps à l’étude de la dynamique de genre de ces questions et renforcent la voix des femmes en tant que leaders au sein de leurs propres communautés.

Farm Radio International travaille dur pour favoriser l’interactivité du dispositif traditionnellement unidirectionnel. Grâce aux téléphones portables et à la suite de services numériques Uliza (Uliza est la suite de services de Farm Radio qui combine la radio, les téléphones portables et un système interactif de réponse vocale), les auditeurs et auditrices peuvent rapidement, facilement et gratuitement communiquer et échanger des informations avec leur station de radio. Grâce à cette suite, les agriculteurs et agricultrices ont droit à la parole dans les programmes diffusés et peuvent poser des questions et entendre leurs préoccupations respectives, de même que proposer leurs propres solutions, le tout étant diffusé sur les ondes.

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Femmes de la communauté de Sare-Faramba. © FRI

Dans le cadre de programmes précédents, Soulymane a déjà fait appel à nous, à la fois pour répondre à des questions de sondage et pour poser ses propres questions sur les sujets diffusés - sujets qui ont été abordés plus tard dans la série elle-même. Il s’est également employé à apprendre aux femmes de sa communauté à utiliser le programme.

Soulymane confie que son objectif est de devenir un grand agriculteur, un professionnel dans son domaine.

« La radio peut nous aider, parce que lorsque nous écoutons des informations qui sont très bonnes, cela peut nous guider sur ce qu’il faut faire maintenant pour réussir », conclut Soulymane.