Kilusu Siptek Laizer est un éleveur Massaï de 50 ans, originaire du village d’Arkaria, dans le nord de la Tanzanie. Il vit ensemble avec ses deux épouses (Nee et Nooreti), ses 9 enfants, sa mère de 85 ans (Namelok), et ses deux frères ainsi que leurs familles, soit 28 personnes au total, dans son boma (groupement de maisons). La famille possède 120 bovins, 50 ovins et 30 caprins, qui lui fournissent le lait et la viande, ainsi qu’un revenu grâce à la vente d’animaux et de produits dérivés sur les marchés.


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Kilusu avec certains de ses enfants et sa mère dans le village d'Arkaria au nord de la Tanzanie.

Deux des fils de Kilusu, Letema et Samwel, sont des morani (éclaireurs) chargés de garder le bétail et de chercher des pâturages et de l’eau pour la migration pendant les saisons sèches. Auparavant, cela signifiait qu’ils ne pouvaient pas fréquenter régulièrement l’école. Mais avec l’application AfriScout qui permet de trouver plus facilement les zones de migration, les garçons disposent à présent de plus de temps.

Cartes des pâturages

En 2016, Kilusu a commencé à utiliser des cartes des pâturages élaborées dans le cadre d’un projet pilote par Project Concern International (PCI), ce qui l’a convaincu de leur valeur. Kilusu utilise les cartes pour prendre des décisions plus précises et plus intelligentes quant au lieu et au moment de procéder à la migration de ses troupeaux. Et Kilusu d’expliquer :

« Maintenant, avec AfriScout, il suffit de regarder la carte à tout moment et de faire un zoom arrière pour voir s’il y a encore de l’eau, même dans un petit étang. »  

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Kilusu utilise l'application mobile AfriScout pour prendre des décisions plus précises sur où et quand migrer les troupeaux.

Aujourd’hui, Kilusu utilise AfriScout, une application mobile développée par PCI, qui lui permet d’accéder en permanence à des cartes en haute résolution de la végétation sur ses pâturages locaux. Les premières cartes réalisées sur papier en collaboration avec les communautés d’éleveur·euses ont été téléchargées dans l’application. Des images satellites y sont à présent superposées pour montrer les conditions actuelles de fourrage, ce qui permet d’améliorer la gestion des troupeaux et des parcours. En utilisant ces cartes comme indicateur de l’état des pâturages sur le terrain, Kilusu a pu mieux déterminer quand et où déplacer ses animaux pour trouver de meilleurs pâturages. Les cartes montrent même la présence d’eau de surface directement sur son smartphone. 

Partage des géolocalisations = gain de temps

Grâce à l’application, Kilusu et d’autres membres de sa communauté peuvent partager la géolocalisation de divers dangers comme des maladies animales, des prédateurs, des conflits entre les éleveur·euses et les autres utilisateur·rices des terres, des zones d’accès interdit, etc. À l’heure actuelle, 5 messages environ sont publiés par semaine dans l’application. Cela représente un sérieux gain de temps et permet à Kilusu et à d’autres de prendre des décisions plus précises et plus concertées dans l’intérêt de leurs troupeaux, de leurs familles et de la terre.

« Garder le troupeau, tout particulièrement pendant la saison sèche, est un travail difficile, » explique Kilusu, « les éclaireurs doivent se déplacer pour chercher des zones avec de bons pâturages et de l’eau, et nous rapporter les informations, à nous les anciens. Sur la base de ces informations, nous essayons de parvenir à un accord avec les anciens de la communauté d’accueil dans les zones où des pâturages sont disponibles, avant d’autoriser le morani à déplacer le troupeau. Tout cela demande beaucoup de temps et d’argent. » 

 
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Kilusu avec ses fils Letema et Samwel.

Avec désormais les cartes numériques d’AfriScout dans la paume de sa main, Kilusu affirme : « Je n’ai plus besoin de mes deux fils pour faire ce travail. Je peux me débrouiller seul. » Plus besoin de passer d’innombrables jours à chercher des pâturages et à déplacer le troupeau sans but. Aujourd’hui, Samwel va à l’école secondaire pendant la semaine et travaille avec son frère aîné, Letema, pour s’occuper du troupeau les weekends. 

Parcours plus sains

Les utilisateur·rices de l’application AfriScout affirment que c’est un outil utile pour prendre des décisions. Il leur permet d’opter pour un troupeau plus petit, mais en meilleure condition, plutôt que d’investir dans l’entretien d’un grand nombre d’animaux. Voici ce qu’en dit Kilusu : 

« L’application nous aide à mettre un terme à la pratique consistant à garder un troupeau de grande taille en guise de sécurité contre les décès en cas de sécheresse ou d’épidémie. » 

 
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Nooreti, la femme de Kilusu, trait la vache.

C’est là une évolution positive pour les pasteurs. En effet, des animaux en meilleure condition peuvent se vendre à un meilleur prix. Ce revenu supplémentaire permet aux pasteurs de subvenir aux besoins de leur famille. De surcroît, de plus petits troupeaux ont un impact moindre sur les parcours, ce qui est meilleur pour l’environnement et se traduit par des parcours plus sains qui peuvent être pâturés plus rapidement, grâce à un système de rotation.