L’accès à l’information et à l’assistance juridiques reste un défi majeur pour les femmes en Ouganda, empêtrées dans des dilemmes allant de litiges fonciers et successoraux à des querelles domestiques et à de nombreuses autres préoccupations sociojuridiques. BarefootLaw utilise des outils numériques et des méthodes de sensibilisation traditionnelles pour faire du libre accès à l’information et à l’assistance juridiques une réalité pour les plus démuni·es, privé·es d’accès à la justice depuis des décennies.

Grâce à l’appui de l’agence belge de développement - Enabel - et de son programme Wehubit, BarefootLaw été en mesure d’élargir l’accès à l’information juridique aux femmes des communautés non connectées de Gulu, en Ouganda.

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Florence Lalam est l'une des femmes qui a bénéficié du projet LEWUTI soutenu par Wehubit.

Florence Lalam, une veuve de 34 ans vivant dans le village d’Arut, était l’une des 469 femmes à avoir participé à la séance de sensibilisation à l’autonomisation juridique des femmes grâce à l’innovation et à la technologie (LEWUTI) organisée à l’école primaire Adonai, dans le sous-comté de Paicho du district de Gulu. Arut se situe à 353 kilomètres (6 heures de route) de Kampala, la capitale ougandaise.

« J’ai été contente de suivre la séance de sensibilisation que BarefootLaw a organisé en juillet. Elle a abordé un problème que me concernait directement : l’accès à la terre. Il y a bien des années, nos kwari (chefs de clan) ont donné à ma famille des terres où vivre et à cultiver, mais beaucoup d’entre eux sont morts à la guerre. », raconte Lalam.

En 1987, le médium spirituel et chef rebelle autoproclamé, Joseph Kony, a lancé son insurrection dans les districts de Gulu et Kitgum, au nord de l’Ouganda. Âgée de 3 ans à l’époque, Lalam incarne la génération qui a passé sa petite enfance à esquiver les griffes de la guerre. Lorsque les personnes déplacées internes sont rentrées chez elles vingt ans plus tard, Lalam et sa mère n’avaient nulle part où aller. Elle a décidé de se marier, ce qui l’a incitée à s’installer, avec sa mère, dans la maison ancestrale de son époux (aujourd’hui décédé) et père de ses quatre enfants.

« Ayant perdu toute ma famille durant la guerre, mon mariage représentait un nouvel espoir pour moi. Ma mère était ma force, mais elle est elle aussi morte en mai dernier. À présent, je suis de nouveau seule. », nous confie Lalam, avant une longue pause pour tenter de retenir ses larmes.

À la mort de son mari, la famille de ce dernier a commencé à la harceler pour récupérer les terres qu’il avait laissées derrière lui. Elle ne pouvait donc plus les utiliser pour subvenir aux besoins de sa famille. Se sentant « vaincue », elle a décidé de louer deux jardins situés à près de vingt-cinq kilomètres de chez elle afin de cultiver de quoi assurer la subsistance de sa famille. Elle cultive du coton à des fins commerciales dans l’un des jardins et des patates douces, ainsi que d’autres cultures de subsistance, dans l’autre pour nourrir sa famille.

« Je vends les produits pour envoyer mes enfants à l’école. », raconte-t-elle tout en désherbant sa parcelle d’environ 5,5 m² de patates douces.

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Mais cela pourrait bien ne plus être son quotidien pendant longtemps encore. Un léger sourire aux lèvres, Lalam nous confie que, depuis qu’elle a suivi la formation LEWUTI, sa belle-famille n’a plus fait aucune tentative pour la chasser de ses terres ou s’opposer à son occupation de celles-ci.

« Les membres de la famille de mon mari ont suivi la formation et maintenant, ils savent que je suis au courant de leurs actes illégaux contre ma famille et que je sais comment faire respecter mes droits. »

Elle a particulièrement apprécié les outils gratuits que BarefootLaw a partagés avec eux en cas de litiges juridiques. 

« J’ai gardé ce numéro et j’ai bien l’intention d’appeler les avocat·es chaque fois que ma belle-famille recommencera à m’ennuyer. »

Lalam a par ailleurs remercié Avocats Sans Frontières pour la formation donnée aux médiateur·rices. Elle a constaté que, grâce à ceux et celles-ci, des couples séparés suite à des violences domestiques se sont réconciliés.

« Je ne m’endors plus en pleurant et je ne m’inquiète plus de savoir où aller avec mes enfants. Grâce à la formation, je suis en paix. », a conclu une Lalam reconnaissante, tout en transportant son jerrican de 20 litres d’eau du puits de forage jusqu’à la maison pour y préparer le déjeuner de ses enfants sur le point de rentrer de l’école.