Comprendre les besoins des éleveurs transhumants

A cause du réchauffement climatique, les éleveurs transhumants du Sahel trouvent de plus en plus difficilement l’eau et les pâturages nécessaires à leurs animaux. Ce manque de ressources met en péril la survie de leur troupeau et génère des conflits entre les éleveurs et les agriculteurs.

Dans le contexte sahélien où les terres arables sont rares, les éleveurs sont contraints à certaines périodes de l’année à se déplacer pour subvenir aux besoins de leurs animaux et les protéger contre les intempéries, les conflits et les maladies. Ces déplacements représentent leur mode de vie, une stratégie adoptée pour renforcer leur résilience face aux aléas climatiques notamment.

Dans le cadre de la mise en œuvre du projet « SIT Sahel LAFIA » ou « Système d’Information digitalisé pour une transhumance apaisée au Sahel central », Vétérinaires Sans Frontières - Belgique s’est associé à Action contre la Faim - Espagne. Le projet (LAFIA signifiant la paix en langue locale) couvre trois pays (le Burkina Faso, le Mali et le Niger) et appuiera au total environ 500.000 pasteurs et agro-pasteurs.

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Chaque année, les éleveurs se déplacent selon des itinéraires bien définis et interagissent économiquement avec les localités traversées en effectuant des transactions. Ces déplacements d’animaux sont aussi bénéfiques pour l’environnement, en régulant le pâturage. Les animaux fertilisent les terres avec leurs défections, ce qui favorise un bon développement des végétaux. Les troupeaux contribuent également au transport et à l’ensemencement des graines au niveau des espaces parcourus. Les éleveurs régulent le développement des arbres et arbustes avec les coupes (élagage) qu’ils effectuent pour nourrir les animaux. Les bonnes coupes font d’ailleurs partie des bonnes pratiques que le projet « SIT Sahel LAFIA » compte vulgariser au sein des communautés des éleveurs.

Financé par Enabel, l’Agence belge de développement à travers son programme Wehubit, le projet vise à améliorer l’accès aux informations pouvant aider les éleveurs à établir leurs itinéraires de transhumance, à trouver de l’eau et du pâturage pour leurs animaux, et ainsi faciliter leur mobilité par l’utilisation des NTIC.

Les informations sont diffusées via les radios communautaires et un serveur vocal (une solution numérique). En d’autres termes, il s’agit d’une plateforme vocale interactive numérique avec laquelle les éleveurs peuvent interagir via leurs téléphones portables grâce à un menu vocal disponible en différentes langues locales. Par  exemple, pour avoir des informations sur l’état du pâturage, l’utilisateur appuie sur 1; pour trouver des points d’eau, il appuie sur 2, … Les informations sont actualisées sur le serveur toutes les deux semaines. Les données collectées profitent également aux décideurs politiques, afin de faciliter la prévention et/ou la réponse aux conflits liés à l’accès et au contrôle des ressources naturelles.

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Une des premières étapes du projet consistait à identifier avec les représentants d’éleveurs, les besoins en informations. Deux leaders de communautés d’éleveurs expliquent ci-après les difficultés qu’ils doivent surmonter au quotidien et la manière dont ils peuvent y faire face à l’avenir. Mr Bandé Amidou,  55 ans, est lui-même éleveur et père de 4 enfants. Il est le leader des éleveurs dans sa communauté Rugga, dans la commune de Fada N’Gourma. Egalement leader mais au sein de la commune de Yamba, Mr. Diallo Bilgui a 58 ans et 6 enfants.

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En quoi consiste votre fonction de leader au sein de votre communauté d’éleveurs ?

« Nous sommes à l’écoute des éleveurs de nos communautés, notamment pour qu’ils nous fassent part de leurs besoins. Nous nous occupons de régler les problèmes quotidiens des éleveurs, et les sollicitations sont nombreuses! Nous plaidons aussi auprès des autorités locales pour une gestion concertée des espaces et des aménagements pastoraux.»

Quelles sont les difficultés rencontrées par les éleveurs de votre région à l’heure actuelle ?

« Il y en a beaucoup comme l’occupation illégale des espaces pastoraux et des pistes à bétail, les conflits dans les pays d’accueil, les conflits entre les éleveurs et les agriculteurs, les taxes illégales, l’insécurité, … »

De quoi les éleveurs ont-ils besoin pour garder leurs troupeaux en bonne santé ?

« Nous, les éleveurs, avons besoin d’informations pour mieux nous organiser mais nous n’y avons généralement pas accès. Et devons parfois dépenser beaucoup d’argent pour les obtenir afin de préparer la transhumance. »

En quoi pensez-vous que ce projet permettra d’apporter des solutions ?

« Nous rencontrons ces difficultés depuis toujours, mais cela devient de plus en plus récurrent. Les agriculteurs ont colonisé tous les espaces et nous, les éleveurs, nous n’avons plus accès aux pâturages. L’insécurité complique aussi l’accès aux zones de pâturage. Toutes les pistes à bétail sont obstruées et à chaque période de transhumance, la mobilité devient plus difficile. Grâce aux informations mises à notre disposition par le projet, nous pourrons éviter certains de ces problèmes. »

Quel est votre rêve en tant qu’éleveur transhumant ?

« Nous rêvons que les espaces pastoraux et les pistes à bétail soient bien aménagés, sécurisés et surtout respectés par tous, et que des infrastructures pastorales soient également mises à notre disposition. Nous aspirons aussi à ce que, tout au long de la transhumance, et même au-delà des frontières, le transhumant soit vu comme un acteur de développement et soit bien accueilli et protégé par les autorités locales. Nous pouvons conclure que les transhumants contribuent d’une part à l’économie locale mais également à la régénération naturelle de l’environnement. »