BarefootLaw : utiliser les outils numériques pour rendre la justice accessible à tous

 

En novembre 2018, BarefootLaw est devenu l’un des premiers bénéficiaires d’un financement de Wehubit. Une somme de 315.000 euros a été octroyée à leur proposition axée sur les femmes ougandaises et leur droit à accéder à l’assistance juridique.

Testimony picture 1

 

Dans cette interview, Gerald Abila (Directeur général) et Michael Kwizera (Directeur de la stratégie) nous informent des derniers développements et prennent le temps de se remémorer les débuts de BarefootLaw.

Testimony picture 2

 

BarefootLaw, kézako ?

Gerald : BarefootLaw est une organisation à but non lucratif qui a débuté ses activités en 2012. Notre objectif était de rendre le droit et la justice accessibles à tous. Voyez notre action comme un médicament administré pour traiter une affection et, en l’occurrence, la loi pour juguler l’injustice.

Pour ce faire, nous devions également atteindre les personnes vivant en milieu rural, celles-ci étant souvent victimes d’injustices par manque de connaissance de leurs droits et d’accès à une assistance juridique. Nous nous sommes demandé comment entrer en contact avec elles. En fin de compte, nous avons décidé de travailler avec des outils numériques faciles à utiliser, comme Facebook et les SMS.

Testimony picture 3

Michael : Quand les gens auront accès à des conseils juridiques, ils sauront comment résoudre leurs problèmes.

Le concept, qui a vu le jour en 2012 sous la forme d’une page Facebook sur un simple téléphone 3G, s’est petit à petit développé jusqu’à recevoir des prix aussi importants que le Prix Roi Baudouin pour le Développement en Afrique en 2017. Vous pouvez suivre notre parcours sur notre site web : https://barefootlaw.org/about-us/our-history/

Qu’est-ce qui a inspiré le concept ?

Gerald : Alors que j’étais étudiant en droit à l’université et que j’assistais à des procédures judiciaires, j’ai réalisé que la situation semblait désespérée. Personne ne semblait connaître ses droits ni savoir comment faire usage de la loi, même pour des questions simples. Cela m’a fait comprendre la nécessité de trouver une solution pour remédier à cette ignorance en matière juridique.

Michael : Par le biais de BarefootLaw, nous voulons aussi contribuer à l’ODD 16, « Paix, justice et institutions efficaces ». Pour nous, il s’agissait de répondre à la question : « Comment rendre la justice accessible à tous ? ».

Vous avez commencé par utiliser les SMS et Facebook, mais vous avez depuis investi dans différents outils numériques. Comment intégrez-vous la technologie dans votre travail aujourd’hui ?

Gerald : Nous avons créé une plateforme technologique mobile qui minimise le coût de l’accès universel aux conseils juridiques, aux droits humains fondamentaux et à la justice.

Testimony picture 4

Michael : Nous utilisons un système de communication bidirectionnel articulé autour des services LawOnline, LawText, LawVoice, LawConnect, LawRadio et LawOutreaches

LawOnline offre une assistance juridique par l’entremise de notre site web, de nos plateformes de courriels et de médias sociaux (Facebook et Twitter).

LawText tire parti de l’utilisation des SMS et fonctionne avec n’importe quel type de téléphone. Il vous suffit de vous rendre sur votre plateforme SMS, de taper LAW, de laisser un espace, puis votre question et de l’envoyer au 6115. Ce service est gratuit. Nous recevons alors votre question et une équipe d’avocats y répond rapidement.

Sur notre plateforme de réponse vocale interactive, le service LawVoice permet l’utilisation gratuite de notre centre d’appels.

Avec LawVoice, les utilisateurs peuvent obtenir des informations juridiques audio en composant le 0800 220 000, en sélectionnant une langue et en choisissant un sujet sur lequel ils souhaitent obtenir des informations. Les bénéficiaires peuvent également laisser des messages vocaux avec leurs questions.

Testimony picture 5

LawConnect permet de recevoir des conseils juridiques en dehors de BarefootLaw. Nous travaillons en effet avec un réseau d’avocats externes à notre organisation ayant différents types d’expertise pour apporter une assistance juridique à ceux de nos bénéficiaires qui ont besoin d’une aide spécialisée. Nous assurons ensuite un suivi pour voir les progrès engrangés et finalement clôturer l’affaire.

BarefootLaw scheme

En quoi BarefootLaw diffère-t-elle des autres cabinets d’avocats ?

Gerald : Nous fournissons une assistance juridique aux utilisateurs à un coût aussi proche que possible de zéro pour eux (uniquement le coût des données, le cas échéant). Le recours à la technologie nous permet d’atteindre un nombre élevé de personnes disposant de beaucoup moins de ressources.

Nous mesurons notre impact en fonction de l’information et des connaissances juridiques dont nous disposons pour atteindre, recevoir, traiter, résoudre et clore des affaires.

Comment les Ougandais ruraux découvrent-ils BarefootLaw et vous contactent-ils ?

Gerald : Les personnes vivant en milieu rural peuvent contacter BarefootLaw de plusieurs façons.

La première est par le biais de LawOutreach : dans le cadre de ce service, nous allons à la rencontre des communautés et interagissons directement avec les personnes ; nous les sensibilisons et nous les formons au droit, ainsi que sur la façon d’utiliser les outils de BarefootLaw pour bénéficier d’une assistance juridique.

Testimony picture 6

Deuxièmement, nous menons des activités de sensibilisation et de formation par le biais d’émissions radiophoniques. Celles-ci sont largement diffusées en milieu rural.

Quels sont les sujets des questions juridiques que l’on vous pose le plus souvent ?

Michael : La violence fondée sur le sexe, la politique intérieure, ainsi que les questions foncières et de propriété arrivent en tête.

Gerald : Bien souvent, celles-ci sont étroitement interconnectées.

 

Pouvez-vous donner un exemple ?

Gerald : En 2014, nous avons été contactés par Kintu (nom fictif) ; il voulait désespérément savoir ce que la loi avait à dire sur son cas. Sa sœur de 13 ans avait été agressée sexuellement par un homme de 24 ans. La police avait certes arrêté l’agresseur, mais elle avait convaincu la mère de la victime de négocier un accord avec lui et sa famille. Kintu s’y opposait, voulant que justice soit faite pour sa sœur. Sa mère a cependant accepté un règlement avec la famille de l’accusé. Sur ce, la police a jugé l’affaire close et remis l’accusé en liberté.

En désespoir de cause, Kintu s’est alors adressé à BarefootLaw afin de savoir s’il y avait encore des démarches à entreprendre dans cette affaire. Il espérait que l’affaire pourrait être portée devant les tribunaux en tant qu’affaire pénale, sans la participation des forces de l’ordre, dont il estimait ne pas pouvoir compter sur le soutien à ce moment-là.

Il a contacté BarefootLaw et nous a demandé conseil en la matière. Nous l’avons informé que, pour intenter des poursuites, il devrait se rendre au bureau de district du Procureur de l’État et le persuader de poursuivre l’affaire au pénal. Kintu nous a par la suite informés que le bureau avait accepté de connaître de cette affaire. Il n’a cessé de nous consulter tout au long de son avancement.

Sept mois environ après l’agression sexuelle de sa sœur, Kintu nous a fait savoir que l’accusé avait reconnu avoir commis les faits délictueux et qu’il avait été condamné à trois ans de prison. Kintu nous a remerciés de l’avoir aidé à obtenir justice pour sa sœur.

Michael : C’est là l’une des très nombreuses affaires que nous avons traitées. Nous intervenons dans plusieurs affaires déchirantes. La population a désespérément besoin de comprendre la loi pour pouvoir de la sorte s’entraider.

De quelle manière le programme Wehubit vous soutient-il ?

Gerald : Wehubit soutient notre programme de sensibilisation pendant deux ans afin de nous aider à établir des liens avec les femmes des collectivités rurales. Nous leur offrons une première ligne d’assistance juridique en matière d’accès au savoir et de médiation.

Michael : Notre plan stratégique 2018-2021 est axé sur la démonstration de l’utilité du numérique dans les zones rurales pour réduire la fracture numérique et celle entre les sexes.

BarefootLaw en chiffres :

BarefootLaw compte environ 89.000 bénéficiaires directs et 560.000 bénéficiaires indirects. L’objectif est d’atteindre 2 millions de personnes d’ici à 2021.

  • Chaque mois, quelque 450.000 personnes reçoivent des informations juridiques sur leur cas spécifique.
  • Nous proposons en permanence une assistance juridique gratuite à plus de 3.000 petits entrepreneurs.

Testimony picture 7