Le combat de Doussou Traoré Magassouba pour le respect des droits des femmes

Kayes, importante ville secondaire de l'ouest du Mali, se situe à 495 km au nord-ouest de Bamako sur les rives du fleuve Sénégal. Ici comme dans bien d'autres localités du pays, les femmes et les jeunes ne bénéficient pas d'un statut social équivalent à celui des hommes (aînés), paradoxalement à leur rôle clé dans le développement du pays, d'où leur faible inclusion aux processus de gouvernance. C'est dans ce contexte que s'inscrit le combat de Doussou Traoré Magassouba pour la promotion des droits des femmes. 

 

Comment le numérique contribue à l’accès des femmes aux processus de décision. 

Cela fait des années déjà que la Malienne Doussou Traoré Magassouba milite pour la promotion des droits des femmes. Il est important à ses yeux que les femmes soient impliquées dans la prise de décisions d’un pays. Elle donne cours les 20 premières années de sa carrière :

« L’inclusion des femmes dans la gouvernance, c’est un long parcours. Il y a encore quelques années, une femme qui avait étudié ne connaissait pas ses droits, à plus forte raison une femme rurale, qui n’avait pas eu accès à l’éducation. »

Puis elle intègre le ministère malien de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille :

« Pendant mes années d’enseignement, j’ai constaté que les femmes connaissaient à peine leurs droits, une situation que je voulais changer. Je pense qu’il faut connaitre ses droits avant toute chose. C’est seulement quand tu connais tes droits que tu peux penser à tes devoirs. »

Après avoir été chargée de programme sur la promotion des droits des femmes et la lutte contre la pratique de l’excision, elle est élevée, en 2002, au grade de Chevalier de l’Ordre National du Mali. Et en 2003, elle est nommée Directrice régionale de la Promotion de la Femme de Kayes, une importante ville secondaire de l’ouest du Mali, située à 495 km au nord-ouest de Bamako, sur les rives du fleuve Sénégal.

Ici, comme dans bien d’autres localités du pays, les femmes et les jeunes ne bénéficient pas d’un statut social équivalent à celui des hommes (aînés), d’où leur faible inclusion dans les processus de gouvernance. Cela est paradoxal vu leur rôle clé dans le développement du pays. 

 

LOI 052

Doussou Traoré Magassouba ne se laisse pas décourager par ce contexte difficile. Tout au long de son parcours, elle surmonte les obstacles et se bat pour promouvoir les droits des femmes. En compagnie de l’ONG Grdr et avec l’appui de Wehubit, elle veut imposer le respect effectif des droits des femmes inscrits dans la législation malienne, car cela demeure précisément un point névralgique pour l’État malien.

« Notre gouvernement est un gouvernement qui signe des accords, mais il ne parvient pas à les appliquer. »

 

Image retirée.
Doussou Traoré Magassouba (témoignage) - lancement du projet - 4 avril 2019 ©Grdr 

En 2015, l’État malien a instauré la loi 052 qui stipule que, lors des nominations dans les Institutions de la République malienne et lors de l’élection de députés à l’Assemblée nationale, de membres du Haut Conseil des Collectivités ou de conseillers des Collectivités territoriales, « la proportion de personnes de l’un ou de l’autre sexe ne doit pas être inférieure à 30 % ». En résumé, cela revient à dire qu’à partir de maintenant, partout au Mali, 30 % des personnes élues doivent être des femmes.

À en croire Doussou, cela ne suffit toutefois pas :

« Malgré le rôle qu’ont joué les femmes dans l’installation de la démocratie au Mali, elles n’ont pas été récompensées. Très peu ont été élues. De l’avènement de la démocratie à la veille des dernières élections, la région de Kayes n’avait pas de femmes députées. »

Aujourd’hui, sur les 21 députés que compte la région de Kayes, 2 seulement sont des femmes, et sur les 129 maires de la région, seules 3 sont des femmes.

« La loi 052 a contribué à cela, mais n’a pas permis d’atteindre les objectifs attendus. Dans certains cas, le contenu n’est pas connu des préfets (qui se situent au-dessus des maires) ; d’autres fois, le contenu n’a pas été compris ou ne veut pas être compris. »

 

LUTTER CONTRE L’IGNORANCE

Bien qu’un pas ait été franchi dans la bonne direction, la loi est toujours grandement méconnue. Une situation que Grdr et Wehubit sont en train de faire évoluer en compagnie de Doussou.

« Après la sortie de cette loi, on s’est lancé dans la vulgarisation du contenu du texte, avec l’appui du Grdr notamment, et aujourd’hui, une partie des femmes de la région de Kayes connait l’essentiel de ses droits. »

Image retirée.
Discours officiel d'ouverture du directeur de cabinet du Gouverneur de Kayes - lancement du projet - 4 avril 2019 ©Grdr

Le chemin à parcourir est cependant encore long avant que 30 % des femmes puissent contribuer à l’élaboration de la politique.

« Les pesanteurs culturelles représentent le principal obstacle. Les hommes ne veulent pas être commandés par une femme. Quand j’ai voulu expliquer le contenu de la loi dans certaines communes, le maire refusait que je le fasse. Je lui répondais que s’il était le représentant de la commune, la commune est la propriété de tous. Il y a aussi les femmes qui ne veulent pas voir avancer une autre femme. Il faut que les femmes s’écoutent et se prennent la main. Aujourd’hui, les femmes commencent à prendre conscience de ces obstacles et de la nécessité de les dépasser. On ne parle pas de remettre en cause toutes les coutumes, mais de permettre une meilleure implication des femmes par la mise en application de la loi. »

 

MESSAGES VOCAUX = ACCESSIBILITÉ ACCRUE

L’appui financier de Wehubit a permis au Grdr d’investir dans la technologie des messages vocaux. Grâce à ces messages diffusés sur Facebook et WhatsApp, les femmes en apprennent davantage sur la loi 052.

« Ce nouveau projet va permettre d’aller toucher d’autres personnes dans d’autres territoires et de multiplier les moyens de s’informer grâce au numérique. Si chaque femme réussit à s’approprier le contenu de la loi 052, il y aura un grand changement. »

Image retirée.
Image retirée.
Formation aux enquêtes par smartphones - Diagnostic inclusion numérique et mapping des OSC -
8 avril 2019 ©Tuwindi

Doussou est convaincue que cette technologie permettra aussi d’atteindre les femmes non qualifiées :

« Même moi avec l’ordinateur, je ne suis pas à l’aise, mais sur mon téléphone, je fais mes e-mails et j’utilise les réseaux sociaux. Les supports vocaux et vidéos peuvent vraiment les aider. Même la femme qui n’est pas allée à l’école fait des messages vocaux. Si on les accompagne, elles vont comprendre beaucoup de choses. Le numérique peut faire bouger les lignes et contribuer à l’accès des femmes aux processus de décision. »

Image retirée.
Espace connecté de Nioro du Sahel - 22 mai 2019 ©Tuwindi

Forte de son esprit combatif, elle continue, malgré ses 66 ans, à croire que la situation peut changer et s’améliorer. Et que chaque citoyen malien – qu’il soit jeune, vieux, homme ou femme – peut jouer un rôle sur ce plan.

« Si les femmes et les jeunes restent écartés de la gouvernance, le Mali de demain sera pire que celui d’aujourd’hui. Mais s’ils sont inclus, le Mali de demain sera un beau Mali. »