Connaissez vos droits numériques : L’histoire de Hayat – autrefois intimidée en ligne, aujourd’hui agente de changement.

Un taux élevé de cybercrimes et de violences sexistes en ligne a été signalé à Gaza. Selon une étude du Centre arabe pour l’avancement des médias sociaux, la Palestine connaît l’un des taux de violence sexiste en ligne les plus élevés au monde. Les normes sociales existant hors ligne sont renforcées dans les espaces en ligne. Cette étude indique qu’un tiers des jeunes Palestiniennes subit des violences sur les réseaux sociaux et qu’une femme sur quatre a été contrainte de clôturer ses comptes sur les médias sociaux[1].

 

Diffamation en ligne

Hayat, une jeune femme de 25 ans originaire de Khan Younis à Gaza, a appris ce type de violence sexiste à ses dépens. Fraichement diplômée en tant que bachelière en sciences infirmières, elle espérait décrocher un emploi. Toutefois, à Gaza, pour trouver un emploi d’infirmière, il faut au préalable réussir un examen annuel d’infirmière organisé par l’autorité de facto.

Aussi, Hayat souhaitait qu’un de ses professeurs évalue ses notes finales avant la fin du semestre afin d’accroître son admissibilité à l’examen. « Je l’ai demandé au professeur pendant plus d’un mois, mais il ne m’a pas répondu ». Hayat s’est alors tournée vers le Doyen de la faculté pour résoudre son problème. Mais lorsque le Doyen s’est efforcé de faire assumer sa responsabilité au professeur, les problèmes de Hayat ont véritablement commencé. 

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Hayat déambulant dans son quartier dans le gouvernorat de Khan Younis (Photo prise par Mohammed Abu Daqqa, Women’s Affairs Technical Committee)

« Je me souviens d’être arrivée à l’université un jour et d’avoir été surprise de voir que tout le monde me pointait du doigt et que les gens refusaient de me parler ». Par la suite, Hayat a appris que son professeur avait utilisé une page de groupe Facebook de l’université pour l’accuser de ne pas assister à ses cours et de s’adresser à lui de manière indécente et irrespectueuse.

« J’étais tellement frustrée que j’ai failli m’effondrer ; c’était humiliant. Être une jeune femme à Gaza signifie endurer une double couche d’oppression. Je me souviens d’avoir été très prudente, afin que mes parents ne le découvrent pas. » Hayat voulait porter plainte auprès de la police contre le professeur qui l’avait diffamée, mais on lui a dit qu’elle n’obtiendrait jamais son diplôme de bachelière si elle le faisait.

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Hayat participe à un débat de jeunes sur la violence sexiste, organisé par le Women’s Affairs Technical Committee (Photo prise par l’Unité Médias du Women’s Affairs Technical Committee)

 

Les femmes font entendre leur voix

Le cas de Hayat est loin d’être une exception. Afin de s’attaquer à ce problème, Oxfam Solidarité, en collaboration avec les organisations palestiniennes Taghyeer, Women, Media and Development et le Women’s Affairs Technical Committee, a demandé un subside à Wehubit dans l’optique de former les jeunes femmes et les jeunes hommes à l’utilisation des TIC, à la sécurité numérique, à la cyberviolence sexiste et aux stratégies d’atténuation.

« Quand j’ai vu l’annonce de ce projet, j’ai été ravie : c’est un rêve qui est devenu réalité. Je me souviens d’avoir vu l’annonce sur la page Facebook du Women’s Affairs Technical Committee. Je n’y ai pas réfléchi à deux fois avant de postuler et j’espérais sincèrement être sélectionnée », nous confie Hayat.

 

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Hayat participe aux activités du Women’s Affairs Technical Committee axées sur la violence sexiste à Gaza (Photo prise par l’Unité Médias du Women’s Affairs Technical Committee)

« Lors de la réunion de lancement du projet, nous avons pris connaissance de nombreux concepts importants concernant les droits numériques. Nous suivrons également une formation sur la violence sexiste en ligne et la cybersécurité. »

Un aspect très important qui a attiré l’attention de Hayat était la plateforme en ligne que ce projet a mise à la disposition des jeunes pour faire entendre leur voix. « J’apprécie vraiment l’application “Mapping Her”, qui cartographie la situation des femmes palestiniennes et nous donne l’opportunité de nous exprimer de façon innovante en dialoguant avec les décideurs. »

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Hayat et quelques jeunes participant·e·s des groupes de jeunes à Gaza (Photo prise par l’Unité Médias du Women’s Affairs Technical Committee)

Les concepts relatifs aux droits numériques n’ayant été que récemment introduits en Palestine, ce projet est l’un des premiers du genre dans ce pays à fournir des espaces et des plateformes pour relever le défi des normes de genre dans la sphère numérique. 

« J’étais victime de harcèlement en ligne, mais j’ai découvert mon pouvoir en tant qu’agente de changement. J’espère qu’à travers ce projet, je pourrai, avec d’autres jeunes Palestinien·ne·s, changer la vie des jeunes qui souffrent, mais qui sont contraint·e·s de garder le silence. »

 

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Hayat et quelques jeunes participant·e·s des groupes de jeunes à Gaza (Photo prise par le Women’s Affairs Technical Committee)

 

 

[1] https://7amleh.org/wp-content/uploads/2019/03/Hashtag_Palestine_English_digital_pages.pdf