Les effets des changements climatiques, notamment la chaleur extrême et ses impacts, constituent des problèmes très souvent sous-estimés dans les villes africaines. C’est pourquoi, ce projet visant à offrir de l’information climatique pertinente et ciblée par le biais d’une plateforme digitale, dénommé u-CLIP est mis en œuvre dans la Ville de Niamey, afin de prendre des mesures de résilience adéquates. 

Niamey est l'une des villes les plus chaudes au monde avec des températures pouvant atteindre 45-46 °C lors des périodes de forte chaleur. Avec les changements climatiques, cette ville risque de faire face à une augmentation de ces températures engendrant ainsi des épisodes de « chaleur létale », c'est-à dire, une exposition à cette chaleur pouvant constituer un risque pour la physiologie humaine. 

De plus, en milieu urbain, la chaleur extrême est exacerbée par le phénomène de l'îlot de chaleur urbaine car les villes sont plus chaudes que les régions rurales proches. En plus, les habitations précaires, comme celles que l'on rencontre généralement dans les quartiers informels, peuvent entraîner une exposition accrue à la chaleur. A cela s’ajoute une croissance attendue énorme de la population urbaine avec certaines projections démographiques qui la multiplient par cinq d’ici 2050. Cela présage des risques pour une catastrophe humanitaire, avec des impacts immenses pour la santé publique ainsi que pour l’économie et les infrastructures urbaines. 

Afin de pouvoir remédier à cette situation, il faut prendre des mesures préventives de résilience dès aujourd’hui, vu surtout la forte croissance urbaine anticipée. Autrement dit, le moment est venu de saisir l’occasion d’orienter la croissance urbaine de manière résiliente face aux effets des changements climatiques déjà perceptibles. 

Toutefois, cela requiert un accès à l’information et des données climatiques détaillées. En effet, le manque actuel de données nuit directement à la capacité de préparation des villes. Bien que les données et les informations à elles seules ne mèneront pas à plus de résilience, leurs déficits rendent difficile la prise des mesures préventives contre les chaleurs extrêmes.  

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Maquette de la plateforme u-CLIP, montrant la page d'accès avec les options de sélection (scénario climatique, horizon temporel, l'indicateur choisi, etc.…). L’image centrale montre l’îlot de chaleur urbaine de Niamey. ©VITO

Dès lors, l’objectif de notre projet est d’élaborer une plateforme digitale qui permettra d’accéder aux informations climatiques ciblées pour la Ville de Niamey. Il comporte des indicateurs sectoriels, prend en compte le microclimat urbain tout en offrant une capacité réelle de suggérer des solutions. Ainsi la plateforme favorisera en particulier les « solutions basées sur la nature », qui constituent un ensemble de mesures d’adaptation efficaces et durables, notamment la plantation en masse des arbres. 

Des décisions mieux informées sont généralement mieux adaptées et donc plus efficaces. Dans ce contexte, M. Hassoumi Toudjani, Directeur de l'Environnement et des Aménagements Paysagers de la Ville de Niamey, voit la plateforme surtout comme un outil d’aide à la décision qui permettra de mieux identifier les quartiers dans lesquels le stress thermique risque d’être élevé. Cela permettra de mieux cibler ces quartiers où il faudrait intensifier les plantations d’arbres pour y rabaisser la température par exemple. Le fait que la plateforme se base sur des calculs scientifiques rassure davantage les acteurs sur les données du climat futur qu’elle indique.  

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Mr. Hassoumi Toudjani, Directeur du Département de l'Environnement et des Aménagements Paysagers à la Ville de Niamey ©VITO

De plus, la plateforme devrait servir à informer les populations sur la chaleur extrême dans les différents quartiers, et devrait renforcer la Ville de Niamey dans les échanges avec ses partenaires telles que les ONGs et groupements des producteurs. Les données de la plateforme u-CLIP pourraient également servir à mieux étayer les demandes de financement auprès des programmes internationaux pour le climat, tel le Fonds Vert pour le Climat ou le Fonds d’Adaptation. 

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Lors de la première année du projet, on a pu constater que ces solutions basées sur la nature sont très pertinentes ; en effet la Ville de Niamey a déjà engagé plusieurs initiatives dans ce sens (plantations d’arbres, agriculture urbaine). Toutefois, même si le détail spatial utilisé pour présenter l’information climatique est très élevé par rapport au niveau de détail dans les modèles du climat global utilisés par le GIEC1, il reste toujours assez faible par rapport à la capacité de représentation de l’impact climatique d’éléments verts isolés (qui, pourtant peuvent être importants). Dès lors, nous avons entamé une action pour augmenter considérablement le détail spatial de l’information climatique, comme montré dans la figure ci-dessous.  

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Contraste de verdure entre quartiers à Niamey. Même si certains quartiers bénéficient d’une végétation abondante (figure du haut, montrant un quartier près du centre-ville), conduisant à une réduction de la chaleur extrême, d’autres quartiers sont totalement dépourvus de verdure (figure du bas, avec une vue aérienne d’un quartier récent à l’ouest du centre, à 13.55°N, 2.05°E).  ©VITO ©Google Earth

 

En ce qui concerne les perspectives d’avenir, l’ambition principale est d’évoluer vers une mise à l’échelle aux villes à travers le continent Africain. Par ailleurs, nous sommes en train de développer des initiatives pour étendre la plateforme vers d’autres types d’impacts que la seule chaleur extrême, notamment au niveau des inondations et la sécheresse.