« Jinja est une ville industrielle, plus de 70 industries s’y sont installées », déclare Ernest Nabihamba, le responsable principal de l’environnement de la ville de Jinja. « Aussi, chaque jour, d’innombrables volutes de fumée s’échappent dans l’air de notre ville. » Selon M. Nabihamba, Jinja compte plus de 300.000 habitant·es, dont seulement 10 % travaillent dans l’agriculture, le reste de la population étant active dans le commerce formel et informel. « Mais la plupart des gens travaillent dans l’industrie. » 

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La ville de Jinja ©Makerere University

Les industries agroalimentaires et manufacturières comme l’industrie du bois, la savonnerie, les mines et les carrières, l’industrie du cuir, les industries du bâtiment ainsi que les activités de construction de routes ont élu domicile à Jinja et emploient des milliers de personnes. Mais cette industrialisation s’accompagne d’un danger invisible : la pollution de l’air.   

 « La pollution atmosphérique menace la santé de la population », déclare M. Nabihamba. « Les industries émettent des fumées très polluantes. Nous recevons régulièrement des plaintes des habitant·es à propos des odeurs nauséabondes et de la mauvaise gestion des déchets. » Un danger encore plus grand est que la ville n’a pas la capacité de détecter les niveaux de pollution de l’air. « Nous n’avons pas les moyens d’évaluer les niveaux de pollution. Notre hypothèse de travail est donc que l’air est pollué, mais, de ce fait, nous ne pouvons pas mettre les industries à contribution. » 

Pour offrir aux habitants et habitantes de Jinja l’accès à des informations hyperlocales, actuelles, pertinentes et exploitables sur la qualité atmosphérique, AirQo, une initiative de surveillance de la qualité de l’air, va déployer des moniteurs de qualité de l’air à faible coût dans la ville. Grâce à cette initiative financée par la Belgique par le biais du programme Wehubit mis en œuvre par Enabel, la ville sera en mesure d’installer un réseau dense de moniteurs de qualité de l’air fonctionnant à l’énergie solaire afin de quantifier la pollution atmosphérique dans la ville et d’aider les habitant·es et les dirigeant·es locaux·ales à prendre des décisions éclairées pour améliorer la qualité de l’air. 

La pollution de l’air n’est souvent pas perçue comme un sujet important dans la plupart de nos villes. À l’heure actuelle, le manque de données signifie qu’il n’y a pas de sensibilisation à la pollution atmosphérique et à ses effets sur la santé. Les habitants et habitantes ne sont dès lors pas en mesure de plaider pour un air plus pur dans leur ville. De même, les autorités et les dirigeant·es ne sont pas conscient·es ou n’ont pas d’informations factuelles sur lesquelles se baser pour prendre des mesures pour améliorer la qualité de l’air dans la ville. Engineer Bainomugisha, le chef de projet d’AirQO, nous explique : « Nous allons fournir une application qui donnera aux habitant·es de Jinja l’accès à des données en temps réel, mais aussi des données prévisionnelles sur la qualité de l’air, qui leur permettront de plaider auprès de leurs dirigeant·es en faveur de meilleures mesures de protection. Les écoles, de leur côté, pourront intégrer des données sur la qualité de l’air en temps réel dans leurs plans de cours sur la pollution atmosphérique, tandis que les décideurs et décideuses politiques auront accès à des tableaux de bord analytiques personnalisés qui les aideront à prendre des décisions éclairées en la matière. » 

M. Nabihamba a salué l’initiative en soulignant que la présence de moniteurs de qualité de l’air permettra aux dirigeants et dirigeantes de la ville de Jinja d’avoir accès à des données précises qui les aideront à prendre des décisions en connaissance de cause. « Les moniteurs nous informeront sur l’ampleur de la pollution atmosphérique. Nous utiliserons ces données pour planifier et mettre en place des mesures d’atténuation, et les faire respecter. » 

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Ernest Nabihamba, le responsable principal de l’environnement de la ville de Jinja. ©Makerere University