À la bibliothèque publique de Soroti, à quelque 500 km au nord de Kampala, l’enthousiasme grandit pour un nouveau projet intitulé Digital Skills @ Your Public Library, qui propose des formations aux femmes et aux jeunes sans emploi par l’intermédiaire des bibliothèques publiques et communautaires. Soroti est l’une des 25 bibliothèques en Ouganda qui mettent en œuvre des mesures pour réduire la fracture numérique dans un pays où moins de la moitié de la population utilise l’internet. Ce faible nombre s’explique par le manque d’accès abordable, la disponibilité réduite de la technologie et les connaissances numériques limitées. Les femmes et les jeunes sans emploi sont confronté·es à des difficultés particulières pour se connecter, alors que ce sont justement ces groupes qui ont le plus à gagner de l’acquisition de compétences numériques. 

Image
EIFL

Bibliothèque publique de Mbarara, l'une des 25 bibliothèques 
participant dans le projet Digital Skills @Your Public Library (© EIFL). 

Mise en œuvre par EIFL et ses partenaires, l’initiative Digital Skills @ Your Public Library vise à toucher 13.500 personnes à travers 25 bibliothèques ougandaises en deux ans. Le projet les sensibilisera à la disponibilité d’un accès internet dans les bibliothèques, et offrira une formation et un soutien aux bibliothécaires afin que ceux et celles-ci puissent, à leur tour, inciter leur communauté à développer leurs compétences. Des cours en ligne combinés à des formations de groupe tant sur ordinateurs que sur appareils mobiles, organisées dans les bibliothèques, seront ainsi proposés aux communautés.

Les coordinateur·rices du projet ont effectué des visites initiales pour rencontrer et impliquer les responsables locaux·ales et les bibliothèques, ainsi que pour se concerter avec les personnes qui pourraient potentiellement bénéficier de la formation à Soroti et dans chacune des bibliothèques sélectionnées à travers le pays. Ces visites visaient à déterminer, dès le début, les compétences numériques susceptibles d’avoir le plus grand impact sur la vie au sein de chaque communauté. Elles ont révélé le désir des membres des communautés d’en apprendre plus sur des sujets tels que l’agriculture, la coiffure, la recherche d’emploi, la gestion d’entreprise et la banque en ligne, parmi bien d’autres. 

« DES COMPÉTENCES POUR S’ADAPTER À UN MONDE EN MUTATION »

Image
EIFL

Mercy Akia, bibliothécaire à la bibliothèque publique de Soroti : « Les lockdowns du COVID-19 ont fait réaliser
aux femmes de notre communauté à quel point les compétences numériques sont importantes.»
 (© EIFL)

Avec son toit métallique rouge et ses murs crème, la bibliothèque publique de Soroti se dresse au cœur de la ville de Soroti, dans un district qui enregistre l’un des taux de pauvreté les plus élevés d’Ouganda. Cela fait deux ans maintenant que la bibliothèque dispose d’une connexion internet et, depuis, les dix ordinateurs mis à la disposition de la communauté sont extrêmement sollicités. « J’espère que cette formation me permettra d’enseigner à d’autres personnes, de sorte qu’elles puissent travailler en ligne de manière indépendante, tant à la bibliothèque qu’en dehors de celle-ci », nous a confié la bibliothécaire Mercy Akia. « Les confinements suite au COVID-19 ont fait prendre conscience à certaines femmes d’affaires de notre communauté de l’importance des compétences numériques. Sans savoir comment accéder aux ressources en ligne, il leur était impossible de contacter les fournisseurs de la ville. Elles comprennent maintenant la nécessité d’acquérir de nouvelles compétences pour s’adapter à un monde en mutation. » 

Asia Kamukama, la directrice générale de la Fondation Maendeleo, un des partenaires du projet, revient tout juste d’une récente visite de concertation. « Dans toutes les bibliothèques où je me suis rendue, les femmes se sont montrées très enthousiastes », a-t-elle déclaré, se souvenant d’une femme qui lui a dit : « Je vais mettre à profit chaque minute libre pour essayer d’apprendre quelque chose de nouveau. On nous juge parce que nous ne sommes pas instruites et que nous n’avons pas de compétences. Ce projet est l’occasion pour nous de prouver que nous pouvons apprendre et améliorer nos perspectives d’avenir. »

Dans les prochaines semaines, Mercy Akia et d’autres bibliothécaires à travers tout le pays entameront leur formation afin de renforcer leurs connaissances numériques et de se doter des compétences nécessaires pour améliorer et personnaliser les programmes de littératie numérique destinés aux membres de la communauté. 

Le projet démarre à un moment clé pour l’Ouganda : la fermeture des écoles en raison du COVID-19 a mis l’accent sur l’apprentissage dans des cadres informels et a remis en exergue les attentes des communautés quant à la manière dont celui-ci peut être mis en place.