Dans une enquête récente réalisée par TRAC FM, 60 % des personnes interrogées ont indiqué ne pas posséder de certificat d’occupation (COO) ni de titre de propriété coutumière (CCO), voire ne pas en avoir connaissance. Ces certificats et titres protègent les intérêts, la propriété et les droits d’occupation fonciers d’une personne, d’une famille ou d’une communauté (sections 4 et 33 du Land Act Cap 227 de 1998). Chez BarefootLaw, les affaires relatives au droit foncier ont représenté près de vingt pour cent de toutes les affaires traitées en 2020.  

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Janet Akello plâtrant une de ses maisons (© BarefootLaw).

Victimes de leur ignorance du COO, Janet et Geoffrey, sœur et frère, ne se sont pas vus pendant près de sept ans. En 2015, le mari de Janet, Samuel Ssentongo, qui n’était pas originaire du district d’Omoro, avait besoin de terres pour y installer sa famille. En fin de compte, il a acquis des terres dans le sous-comté de Lakwana grâce à un prêt obtenu auprès d’une des institutions financières d’Omoro. Contraint de rembourser le prêt, le couple a demandé de l’aide à Geoffrey. Ne pouvant lui non plus leur prêter de l’argent, celui-ci leur a proposé des taureaux à revendre, le montant pouvant par la suite être utilisé pour rembourser le prêt. Une proposition que le couple a acceptée avec reconnaissance. Toutefois, avec le temps, les revenus du ménage ne se sont pas avérés suffisants pour s’acquitter de la somme due à Geoffrey. Aussi, Ssentongo a décidé de donner une partie des terres de sa famille à Geoffrey en guise d’intérêt sur l’argent qu’ils lui devaient. Malheureusement, il est décédé en 2017, laissant Janet avec quatre enfants à élever et une dette à assumer seule. Geoffrey s’est dès lors senti coincé parce que sa sœur veuve occupait la parcelle ; elle lui était certes redevable, mais il a tu son mécontentement de peur de gâcher ses relations avec elle. 

Sa sœur raconte cependant que Geoffrey a continué à revendiquer ses terres.  

« Il a même menacé de prier pour ma mort, si je ne lui payais pas ce que je lui devais », confie Janet en pleurs.  

Le rôle joué par la radio  

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L'équipe juridique de BarfootLaw à Gulu lors d'une session de talk-show sur Radio Rupiny (© BarefootLaw).

Un élément clé du modèle de sensibilisation de BarefootLaw est la radio, et ce, en raison à la fois de sa flexibilité et de son caractère abordable, selon la National Information Technology Survey  2017/18, 78 % des personnes ayant déclaré écouter la radio. 

La radio s’est avérée essentielle pour la diffusion d’informations et de conseils juridiques dans le cadre du projet LEWUTI. Les talk-shows permettent de propager des connaissances juridiques jusque dans les foyers. L'équipe de juristes de BarefootLaw détermine le contenu en fonction des besoins juridiques les plus urgents et s’adresse au public par le biais de ces émissions de radio. Nous savons bien qu’une émission d’une heure ne suffit pas à répondre à de nombreuses questions juridiques ; c’est pourquoi nous utilisons stratégiquement la plateforme pour informer les innombrables auditeurs et auditrices des outils BarefootLaw grâce auxquels il·elles peuvent bénéficier d’une assistance juridique gratuite.  

C’est ainsi que Geoffrey a entendu parler pour la première fois de BarefootLaw lors d’un talk-show sur Radio Rupiny et qu’il a pris contact avec BarefootLaw sur sa plateforme SMS. L’un de nos avocats, Kennedy Kasozi, a reçu le message et a continué à arbitrer le différend.  

En écoutant les souvenirs de Janet sur les évènements, BarefootLaw a appris qu’elle et Ssentongo, son défunt mari, avaient essayé de rembourser une partie du prêt, mais que Geoffrey avait refusé. « Il nous a demandé de garder l’argent jusqu’à ce que nous disposions du total de la somme », poursuit Janet. Elle ajoute qu’après les menaces de mort, elle a demandé à son frère d’effacer sa dette, car elle avait des enfants à charge, dont la propre fille de Geoffrey.  

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Janet et ses enfants posant pour une photo de famille (© BarefootLaw).

C’est alors qu’il était muré dans sa réflexion et son silence envers sa sœur que Geoffrey a écouté la radio et qu’il a rencontré BarefootLaw. L’avocat Kasozi l’a informé que le litige avec sa sœur pouvait être résolu au moyen d’une médiation individuelle permettant aux deux parties de trouver une solution appropriée. Le cœur léger, Geoffrey a appelé Janet et a enterré la hache de guerre. « Mon frère m’a demandé pardon et m’a dit de rester sur la terre, de continuer à la cultiver et de m’occuper des enfants », a encore déclaré Janet. Il a ajouté qu’elle le rembourserait dès qu’elle en aurait les moyens.  

La sœur et le frère vivent à présent en harmonie.

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NDLR: Vous ne verrez aucune photo de Geoffrey car l'équipe de BarefootLaw n’a pas pu le rencontrer lors de son voyage à Gulu.