Khan Younis est un gouvernorat au sud de la bande de Gaza qui est sous blocus depuis 2007, ce qui a un impact dévastateur sur les jeunes en termes de restriction de leurs mouvements et de leur activisme. Dans un contexte aussi restrictif, les médias sociaux offrent aux jeunes une plateforme cruciale pour accéder aux informations, réaliser leur plein potentiel et exprimer leurs opinions. Il n’en demeure pas moins que l’environnement juridique et politique existant exerce un effet majeur sur l’activisme en ligne des jeunes Palestinien·nes. Les jeunes ont vu leur contenu retiré par des autorités de facto, ont été harcelé·es en ligne et interrogé·es pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression. Globalement, cela a amené les jeunes à pratiquer l’autocensure*.


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Wala 'dans un dialogue politique avec des militants des droits de l'homme sur le droit à la liberté d'expression (© Oxfam-Solidarité)

Wala’ al-Satari est une jeune femme réfugiée de 22 ans originaire de Khan Younis. Wala' a fait des études de génie civil dans une université locale et est militante dans sa communauté. Ces activités de volontariat lui offrent un espace pour s’exprimer, compte tenu des possibilités limitées dont bénéficient les jeunes de Gaza. En mars 2019, elle est tombée sur une annonce pour le projet « Tabeer » de défense des droits numériques piloté par Oxfam Solidarité avec le soutien du programme Wehubit d’Enabel. Elle a immédiatement posé sa candidature :

« C’était la première fois que je voyais un projet qui aborde la question des droits numériques. Vu ma convocation pour interrogatoire par l’autorité de facto sur la base de mes tweets sur les médias sociaux à deux reprises en 2017 et 2020, la portée de ce projet me tient particulièrement à cœur ».

Wala' a expliqué qu’elle a été interrogée pendant des heures, que son téléphone portable lui a été confisqué pendant 45 jours et qu’elle a été obligée de signer un engagement aux termes duquel elle ne posterait pas ce que l’autorité de facto définit comme des tweets critiques. Ces incidents l’ont amenée à se demander si s’exprimer était en fait un droit ou un crime ! 

« Faire partie intégrante du projet a été un tournant dans ma vie ; rencontrer des concepts tels que sécurité numérique, droit à la liberté d’expression ou encore législation sur la cybercriminalité était une grande première pour moi ».

Wala' a ensuite transmis ses connaissances acquises aux élèves en développant des initiatives communautaires au terme des formations. Et Wala’ de poursuivre :

« J’estime qu’il est de ma responsabilité de partager des connaissances sur le droit à la liberté d’expression et de développer un contenu constructif en ligne pour que d’autres personnes n’aient pas à subir ce que j’ai vécu ».

Le projet a doté les jeunes de l’espace nécessaire pour jouer un rôle visible aux niveaux local et national dans l’optique d’induire le changement.

« J’ai non seulement confiance en moi pour m’exprimer en ligne, mais je joue aussi un rôle de premier plan dans la tenue d’un dialogue politique avec des militant·es des droits humains en vue de discuter du droit à la liberté d’expression, de la législation sur la cybercriminalité et de son impact sur les jeunes ».

Fort·es de ces succès, les jeunes et les partenaires du projet préparent actuellement une campagne nationale de sensibilisation au droit à la liberté d’expression.

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Wala 'dans une session à propos des hashtag et de la sécurité numérique(© Oxfam-Solidarité)

Wala' se réjouit que le projet a permis d’avoir 60 jeunes militant·es des droits numériques à Gaza:

« Si chacun·e d’entre nous partageait les connaissances acquises dans sa communauté, nous aurions alors 60 nouvelles zones à Gaza qui connaîtraient les droits numériques. Lorsque nous comprenons nos droits, nous sommes alors habilité·es à réclamer le changement ! ».


* Hashtag Palestine 2019, an overview of digital rights issues of Palestine, https://7amleh.org/storage/Hashtag_Palestine_2019_English_20.4.pdf